Je suis tombée un peu par hasard sur un livre de Dominique Wolton de 1999 consacré à internet et j'ai trouvé intéressantes plusieurs idées, surtout pour l'époque.
En effet, si l'on sent le décalage "historique" (seulement 8ans!) au début de son développement lorsque l'auteur assure qu'internet n'est pas une grande révolution et qu'il ne faut pas s'emballer sur ce nouveau média, en revanche, la réflexion qui en suit me paraît tout à fait actuelle.
J'en dégagerai trois idées principales:
- Internet comme une nouvelle frontière. Pour Wolton, ce monde accessible à tous représente un peu une nouvelle chance de promotion ou de reconnaissance sociale pour ceux qui ont raté la première. En effet, Internet permet l'émancipation individuelle de par sa liberté, mais surtout de par cette idée d'école sans auncun maître ni contrôle. Ce qui nous amène à la deuxième idée:
- Intenet comme utopie déçue. A l'origine Internet a été pensé comme le lieu de toutes les libertés, de toutes les émancipations, mais surtout comme le support d'une nouvelle solidarité mondiale. Dans un monde en panne d'utopie, régi par les marchés et la globalisation économique, Internet a développé en parrallèle le rêve d'une société mondialisée solidaire. Cette utopie a été déçue entre autre par le développement du business et l'absence de distinction sur Internet entre le consommateur et le citoyen. Le web est alors devenu un espace public (dans le sens démocratique du terme) commercialisable.
- Enfin, dernière idée, celle d'une solitude intéractive. Ici Wolton nous parle de la facilité de l'internaute pour communiquer sur internet sans réussir parfois à établir un contact avec son voisin du cyber café. Symboles de cette solitude interactive, l'obsession croissante d'être continuellement joignable, les angoisses de ne pas être assez appelé ou de ne pas recevoir d'emails... Dernier élément, notre décalage dans le temps: en effet, avec le Web le temps de la communication s'accèlère grâce à la technique alors que l'individu, lui, pour formuler sa pensée reste lent, ce qui peut engendrer des frustrations...
Dominique WOLTON, Internet et après? Une théorie critique des nouveaux médias, Flammarion, 1999

« Solidarité interactive », cet oxymore me parait bien juste pour la dissociation de la société à laquelle nous sommes aujourd’hui confrontés à cause de « boom » d’internet. Chacun restant limité et fermé dans son coin est capable de correspondre virtuellement avec d’autres personnes et en faisant cela, ils rendent invisible le voisin sans en rendre compte.
Cela me rappelle d’un petit anecdote qui est très apte dans ce contexte. Ce weekend, j’ai choisi de rester dans ma chambre au lieu de profiter de beau temps. En conséquence, j’ai passé pas mal du temps en bavardant avec mes amis et ma famille par le biais de l’internet. Une amie est venue me voir le soir. Elle a remarqué avec un air très étonné que j’ai passé toute la journée seule, ce qui n’est pas souvent le cas. J’ai répondu « ...mais je n’étais pas seule. J’ai passé toute la journée avec ma maman et mes amis!!»
Rédigé par: prachigupta | 12 juin 2007 à 22:35
Sauf qu'Internet n'est qu'un outil, une technologie à la base et qu'il n'a donc pas vocation à être une utopie ou une idéologie : il est le reflet de la réalité économique, à savoir une société de marché, basé sur l'individualisme. L'individualisme est une des causes du sentiment de solitude, et le business sait l'exploiter... Internet ne fait il pas que démultiplier des faits sociétaux inhérents à l'état actuel du monde ? A l'inverse, n'est il pas la dernière fenêtre de liberté pour tout un chacun ? Imaginez un monde où vous seriez obligé de voir les infos à travers la TV et les quotidiens nationaux, d'échanger qu'avec vos voisins proches et de découvrir uniquement lors de vos voyages si vous en avez les moyens ?
Merci pour votre blog...
André
Rédigé par: de passage | 10 juin 2007 à 20:32